jeudi 31 décembre 2009

Françaises, Français...

Mes Chers Compatriotes,


Je remercie tous ceux d'entre vous qui, par milliers, m’adressent sans discontinuer depuis hier de touchants messages de sympathie, suite à l'odieux assassinat de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, au mépris de la volonté du peuple. Votre compassion, votre attente, vos prières sont autant de signes qui disent que je demeure pour vous, pour ce pays, le médecin référent de la planète. Oui, vous exprimez, au nom de toutes les Françaises et de tous les Français, et au travers d'eux de tous les citoyens du monde, la révolte, le désespoir, le refus d’être abandonnés, telles des stars vieillies du rock'n'roll, aux mains de praticiens incompétents ; des praticiens imbus d'eux-mêmes dont l’action inéquitable et brouillonne va vous interdire, des mois durant, de contribuer par une obole joyeuse et volontaire, au sauvetage d’un globe outragé, d’un globe brisé, d’un globe martyrisé ! D’un globe que vous me suppliez de libérer ! Votre confiance m'émeut mais surtout elle m'oblige, devant Dieu et devant les hommes.


Je vous ai compris !


Est-ce le hasard si Denise m’a offert pour Noël une édition rare, regroupant de précieux textes de Mauriac accompagnés de lettres d'éminents correspondants du grand homme ? Je ne le crois pas, tant mon âme est assurée que Dieu compte Lui aussi sur moi pour sauver aujourd’hui une Création en péril, devenue irrespirable et menacée d'hyperthermie ! Soyons francs : j’ai eu dans la nuit, par la grâce d’une divine insomnie, la fulgurante révélation que quelques lignes du maître de Malagar étaient écrites pour moi : "Même s’il succombait politiquement, il ne serait atteint en rien, il me semble, dans son être essentiel. Retourné à sa solitude, il demeurerait dressé sur un promontoire, le témoin de notre grandeur passée et de notre misère présente*."


Oui, j'ai succombé, largement à cause d'une méchante femme, mais ne suis atteint en rien. Comme le reste du monde, les Françaises et les Français voient aujourd’hui en moi la statue de leur Commandeur solitaire ; mieux encore : le fils de chair et de sang qui leur est envoyé du Ciel par le Général, dont ces mots de l’auteur de Préséances, on l’aura compris, brossaient il y a un demi-siècle le sublime portrait. Alors je leur dis, je vous dis, mes Chers Compatriotes : "N’ayez pas peur ! Au nom du Père, je ne me déroberai pas à la Résurrection ! Je viendrai vers vous, si seulement vous m'aidez à descendre enfin de ce maudit promontoire provincial qui est ma croix !"


Je ne me réjouis pas à ce stade, il va sans dire, des revers cruels que doit subir ces jours-ci un Razibus rapetissé, abattu, que j'encourage à lire attentivement son horoscope, plutôt que l’œuvre absconse de Marcel Proust qu’on aurait aperçue, dit-on, sur sa table de nuit, près d'une Rolex. Avis de grosse tempête, mauvais temps pour les Verseau ! Qui dira au petit Tom que sa recherche est vaine – hélas ! – puisque le temps perdu en politique ne se rattrape pas ? Au moins peut-il se réchauffer le cœur à l’idée que moi, j’imposerai majestueusement demain à l’Amérique et à la Chine, comme l’aurait fait le Général, ce qui lui a été injustement refusé hier à Copenhague. Je m'engage en effet, devant vous, à venger notre nain diminué de cette insupportable humiliation ! Ce n'est pas là un vœu de saison mais bien une décision irrévocable pour la France !


Françaises, Français, mes Chers Compatriotes, je me souhaite avec vous une année de réchauffement politique. Et je vous crie ici ce soir avec force et solennité, comme le Père jadis à mon cher et vieux Québec : "Vive la planète libre** ! Vive la République durable et Vive la France !"

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* Le Figaro littéraire, 5 juillet 1958.

** Libre de dioxyde de carbone et de Rikiki-me-pompe-l'air !

jeudi 24 décembre 2009

Le Chat et le Bœuf

Un nombre croissant de commentateurs, on l’aura remarqué, s’entendent à me dépeindre aujourd’hui comme un sage. Qu’on veuille donc bien me pardonner, en ce dernier jour de l’Avent, de me laisser aller à deviser sagement sur la sagesse. S’il s’agit indéniablement d’une qualité qu’on acquiert avec l’âge, je n'en fais pas moins mienne cette maxime de La Rochefoucaud selon quoi, de mémoire, "qui vit sans folie n’est pas si sage qu’on croit". Au risque de provoquer mes rares ennemis, je revendique en effet la folie des grandeurs, qu’illustreront demain un pont pharaonique et un stade digne de la Rome antique, capables d’accueillir l’un et l’autre des dizaines de milliers d’administrés en liesse ou en transit. C’est qu’il n’est point de grand sage sans défis à sa démesure, n'en déplaise aux culs pincés de Grenelle ou de Copenhague ! Je suis à la lettre un maire édifiant, qu'on se le dise !


N’est-ce point La Bruyère, homme de caractère comme moi, qui affirmait joliment que "le sage guérit de l’ambition par l’ambition même" ? J’acquiesce et suis tenté d’ajouter : "et réciproquement". S’il arrive communément à la sagesse de n’être qu'un nom respectable donné à l’impuissance, l’artiste martial - être d’exception, partout maître de soi - sait tirer patiemment de sa faiblesse l’indispensable énergie du pouvoir. On ne guérit pas plus de l’ambition que de l’incontinence, voyez-vous, on s'efforce avec l'âge de maîtriser dignement ses besoins les plus pressants. Tenez, croira-t-on que le plus grand sage que j’aie connu était un vieux chat. Renonçant aux plaisirs de la chasse, ce las prédateur avait compris par la longue observation de ses proies volatiles qu’elles pouvaient lui tomber dans la gueule comme un camembert dans celle d’un renard. Posté près d’une porte généreusement vitrée, il attendait ainsi que les oiseaux s’estourbissent contre un carreau en plein vol et tombassent à ses pieds. Je pense avoir retenu sa leçon, dont La Fontaine eût à n'en pas douter fait une fable.


A ceux qui n’auraient pas compris encore, je demande d’observer ce drôle d’oiseau qu’on nomme Razibus. Il s’excite, il volète, il s'agite, court dans tous les sens, jusqu’à se prendre les pieds dans ses propres tapis, comme dans cette stupide histoire d’identité nationale. En bon Raminagrobis, je reste en retrait et ne lui vole surtout pas dans les plumes. J’attends l'œil mi-clos qu’il trébuche et les sondages, si l’on veut bien me permettre cette façon de zeugme, assez pertinente malgré son inélégance à l’oreille. Quand j’ai enfin l’assurance que les Françaises et les Français ne suivent décidément pas leur nain, je n’ai plus qu’à lui donner un coup de patte, sans trop sortir les griffes des coussinets, juste ce qu'il faut. Les micros sont tendus et il me suffit de miauler la désapprobation du sage. Que du bonheur !


De taxe professionnelle en identité nationale, mon numéro est maintenant bien rôdé ; il fait recette avec Rikiki-s’excite. Ne surtout pas en changer ! Demeurer sagement tapi à Colombey entre mes églises ! Si votre tactique marche avec cet oiseau de malheur, me demandera-t-on, pourquoi échoue-t-elle donc avec votre pie voleuse ? Soyons francs : cela demeure pour moi un enrageant mystère. Il faut dire que, fréquentant peu l’Assemblée nationale depuis quelques années, je ne croise jamais cette agaçante agasse. Et puis, me voit-on sérieusement embusqué derrière quelque carreau du palais Bourbon, remuant la queue d'énervement ? Allons, l'oiselle est bien trop maligne pour venir se taper dans une vitre, croyez-moi ! Que fait de toute façon cette étrangère au parlement, à manger sans vergogne le pain des députés de notre ville dont certains sont au chômage ? Il y a là un vrai problème d’identité municipale dont l’opinion publique gagnerait à se saisir de toute urgence !


S’il ne tenait qu’à moi, la péronnelle serait reconduite immédiatement à la frontière de la capitale, et renvoyée par le premier train à l’hôpital ! Plutôt que de parlementer sans relâche et donner son avis sur tout, la bien nommée dame de pique ne serait-elle pas plus utile en effet à vacciner mes administrés à la chaîne, contre cette grippe H1N1 dont certains peut-être, cruellement privés d’injection, vont mourir tragiquement par sa faute ? Hélas, comme je le faisais remarquer hier à quelques journalistes attentifs et bienveillants, les identités aussi parfois sont meurtrières ! J’encourage la squatteuse qui s’est fait mon siège à relire à ce sujet l'excellent Amin Maalouf, autrement plus édifiant que son misérable blogue. Je profite de cette Sainte Nuit pour rappeler chrétiennement à la grenouille du bénitier socialiste local qu’elle n’a toujours pas sa place dans ma crèche et que, moi vivant - je le jure sur la tête de Denise ! - jamais elle ne pourra se faire ici plus grosse que le bœuf !

mardi 15 décembre 2009

Portrait craché

Me réjouis vraiment, non pour moi mais pour la France, que notre petit Pinocchio ait auprès de lui une sage femme en la personne de sa belle Gepetta. Cette dernière n’a-t-elle pas en effet déclaré avant-hier que, pour l’épouse, un quinquennat semble bien suffisant ? La prima donna ne parle jamais en l’air et l’on sait que, en se penchant un peu, elle a l’oreille de Razibus, qui suit plus volontiers ses avis que ceux des ministres ou des conseillers du palais. Accordons-lui notre confiance.


Qui connaît le talent inspiré de cette femme d’exception ne serait pas étonné que, de sa confidence, elle fît demain pour Chouchou une bien belle chanson sur sa guitare. Je l’y encourage de bon cœur, sans arrière-pensées il va sans dire, avec une affection toute sincère, mêlée d’enthousiasme et d’admiration. Elle doit savoir que je ne me déroberai pas si mes compatriotes me font l’honneur de venir me supplier, en 2012, de renoncer à mon exil volontaire pour reprendre le brillant flambeau de son époux, ami à qui je redis ici mon profond respect pour son œuvre visionnaire, que je poursuivrai avec fidélité et abnégation au service de la France, des Françaises et des Français. Soyons francs : l’Histoire retiendra du quinquennat qui s’achève qu’il fut un vrai lustre éclairant la nation, l’Europe et le monde tel un fulgurant siècle des Lumières. Un éblouissement.


Que ce billet un peu solennel soit donc aujourd’hui pour moi l’occasion de tordre le cou à une rumeur aussi tenace que malveillante, selon quoi je cracherais plus souvent qu’à mon tour sur Razibus et sur ses œuvres. Soyons clair : s’il m’arrive en effet de cracher ici où là sur les pompes du petit prince – je l'admets bien volontiers –, c’est évidemment pour les lui cirer, maints exemples en fournissant au quotidien la preuve. La technique est ancienne qui fait l'économie du cirage. Croyez-moi : nous sommes en phase sur tout ou presque. Des exemples ? La suppression de la taxe professionnelle aujourd’hui m’enthousiasme, et c’est avec joie qu’il a lui-même repris mes propositions sur le grand emprunt national, à quoi déjà s’était rangé le parpaillot à la rose fanée. On ne doit jamais se brouiller entre amis pour des questions d’argent, surtout si l'on n’a pas à sortir un sou de sa poche. La dette est comme le cholestérol : il y a la bonne et la mauvaise et c'est une affaire de rapport.


Comme je l’ai par ailleurs récemment confié à un grand hebdomadaire national, au nom de quoi – grand Dieu ! – serais-je un héros de la résistance, et à quelle fin ? Avec la patine de l’âge, vous savez, mon héroïsme est devenu celui de la mesure, dont l’esprit vaut bien après tout celui des lois. "Vieillir, disait Camus, c’est passer de la passion à la compassion." Nous y voilà. Je n’ai - je le jure ! - aucune raison, aucune envie, aucune volonté de détrôner le petit prince ; ma conscience, mon devoir et ma foi m’imposent à l'inverse d’accompagner en douceur sa fin de vie présidentielle. Franchement, a-t-on vu les sondages ? Il n'est de chose politique ou militaire sans déontologie : comme l’a dit jadis une célèbre journaliste de mon prédécesseur au nom de stade, "on ne tire pas sur une ambulance". Je veillerai donc personnellement à ce que Rikiki terminât son mandat dans la dignité due à sa fonction et à son rang, parce qu'il est notre identité nationale. "Je ne connais qu’un devoir : c’est celui d’aimer", a aussi écrit Camus, on s’en souvient. Je fais mienne son heureuse formule ; le rappel de mon adhésion au message social de l’Église, il y a un an déjà dans une tribune, n’était porteur d’aucun autre message. Quand bien même je commence à entrevoir dans le petit Tom mon prédécesseur, je continuerai quoi qu’il advienne de l’aimer comme mon prochain, à défaut de moi-même. Jusqu'à la fin.


Denise me demande d’apporter à ce billet une précision à mon sens superflue : obtempérons. Le Camus à qui je viens d’emprunter deux citations est l’écrivain de Lourmarin, prix Nobel de littérature, non le producteur homonyme de mon ami Johnny, dont la plume en or ne gratte que des chèques, ignorante assurément de l’angoisse de la page blanche. Celui-là me donne tout à coup une idée. Si, comme on peut le craindre, l’idole des jeunes ne survivait pas à son opération discale – un comble avec tous ses disques d’or ! –, on pourrait très bien imaginer d’accueillir sa dépouille embaumée sur notre vieux terrain de foot désaffecté, reconverti en panthéon à son immortelle gloire. N'y fut-il pas déjà notre hôte gracieux ? Gigantesque, son mausolée de verre et de marbre y serait entouré de tous les dieux du stade. Voir s'il n'y a pas moyen de soutirer à ce Camus quelques millions pour ça… Disons quinze ou vingt, pour boucler notre grand projet et faire un bras d'honneur au Conseil général ! "Reviens, Johnny reviens, / Ah ! Reviens vers moi !" Même les pieds devant, tu seras mon sauveur !

samedi 5 décembre 2009

Ce foot du monde !

En me découvrant avant-hier, à la une du journal, en train de serrer les cinq doigts de Rikiki sur le perron de l’Elysée, repensé au cours de maths qu’il venait de nous asséner dans son bureau avant la photo, sur les systèmes de mesure de l’Antiquité. A croire que le petit Tom sortait des états généraux des mathématiciens, réunis à Paris en début de semaine ! J’ai bien retenu sa leçon : "Faut dix mille doigts pour faire un stade. C’est pas rien vous savez. Hein, rendez-vous compte, dix mille doigts ! Dites donc, y z'avaient le moral, les Grecs et les Romains !" Hélas, l’esprit du maître soixante-cinq n’était pas aux états généreux ! Et dire que je n'étais, moi, qu'à deux doigts de mon grand stade !... Deux tout petits doigts et il me chipote dix briques, trente même par rapport à ce que j’avais officiellement quémandé. Où les trouver maintenant ? Dans un conseil général qui compte déjà ses sous comme les jours qu’il lui reste à vivre ? Soyons francs : je ne puis au mieux espérer de cette assemblée revêche que deux doigts d’honneur présidentiels !


Amateur charitable du ballon rond et soutien fidèle à ma cause, Monseigneur Cinquante-et-un me propose une quête dominicale en sa cathédrale. Je suis sensible à ce message social de l’Église mais, franchement, monsieur le Cardinal, vos ouailles sont sans doute aussi avares de leurs pièces jaunes que de leur présence aux offices. Autant m’offrir des prières à Saint Nicolas, patron comme on sait des voleurs ! Et provisoirement des Français. Denise, à demi sérieuse, me suggère de solliciter le mécène de la chèvre socialiste du Poitou. Pourquoi pas ? Yves ou fleuve, ne sommes-nous pas tombés l’un et l’autre éperdument amoureux d’un Saint-Laurent ? Si ce berger soi-disant myopathe me signe un chèque à sept zéros, je suis prêt à donner au grand stade le nom de son défunt poulain, en hommage à mes amis de la Belle Province. Dans le cas contraire, il doit savoir qu’il me trouvera sur sa route avec un Youpithon ! Et ce n’est pas une menace en l’air : je suis rompu à l'acte de constriction !


Cette ville peut s’honorer aujourd’hui d’un Grand Théâtre, d’un Grand Parc, d’un Grand Homme : qu’on me dise au nom de quoi lui serait refusé un Grand Stade ! Dans cette cohérence, je participerai du reste dès la mi-décembre à un rassemblement de Grands Maires à Copenhague, pour y défendre la sobriété de nos cités durables, qui doivent en finir avec la gabegie. Il n’est plus tolérable en effet que nos administrés gaspillent l’eau, l’électricité ou les ressources naturelles au péril de la planète. Le temps est venu de la décroissance verte, dont les économies pourront être intelligemment réinvesties dans de grandes infrastructures collectives, comme par exemple des stades dignes de ce grand siècle. On voit bien par là que le football est un moyen radical de lutte contre le réchauffement climatique, ses gazons étant de surcroît friands de gaz carbonique ! Tout se tient !


Toujours aussi bornée qu'hostile à mes œuvres, mon agaçante agasse jacasse en ville et se répand en sarcasmes, me dit-on, sur son pitoyable blogue ! Les Misérables de Hugo à la main, elle harangue des foules de gueux affamés qu’elle est la seule à voir dans ses hallucinations ! Si on l’écoutait, c’est sur ces pauvres hères virtuels que devraient se déverser les millions que j'offre à mon grand stade. Quel mépris du peuple que d’ignorer aujourd’hui sa passion du ballon rond, comme elle contestait hargneusement hier son droit légitime aux paris en ligne ! Voilà l’aveuglement à quoi conduit la haine furieuse et tenace d’un homme, dont on jalouse tant l’intelligence que le goût des autres, le don de soi, l’amour de la concertation.


De mèche avec le patron du soviet départemental, notre dame de pique soutient donc l’idée d’un emprunt obligataire à l’intention des supporteurs de notre équipe. Voilà bien la gauche : vous lui demandez un grand stade, elle vous propose un grand emprunt ! Ces gens-là font les poches du contribuable avec l’action sociale, à seule fin de lui interdire les jeux et la majesté de leurs tribunes ! Réserver la souscription de cet emprunt imbécile aux addicts du ballon rond, voyez vous, ce serait un peu comme ne faire payer la sécurité sociale qu’aux gens malades, à l'exclusion des bien portants ! Bonjour la solidarité ! Je crains fort, hélas, que Razibus n’ait déjà converti les socialistes à sa secte libérale ! Il est grand temps de siffler le penalty pour la sauvegarde de leur identité nationale !


P.S. Marie-Agnès me suggère la vente d'un calendrier des dieux du grand stade, où je poserais dans le plus simple appareil avec les politiques régionaux qui soutiennent mon projet. Pourquoi pas ? Ne me suis-je pas déjà mis à nu dans mes griottes hivernales ? Que me reste-t-il à cacher ? Tu as raison, chère enfant, la politique n'est plus aujourd'hui que victoire sur la pudeur.

vendredi 27 novembre 2009

La gravelle

Lu ce matin dans la presse qu’un sénateur du Poitou et moi-même, anciens Premiers ministres rebelles, serions deux cailloux dans les chaussures du petit Poucet. Ma foi, si c’est un moyen de l'élever un peu, pourquoi pas ? Je ne lui souhaite pas en tout cas d’avoir l’estomac dans les talons, comme un nombre inquiétant de Français ; avec tous les noms d’oiseau dont on l’affuble, le petit coq pourrait sinon finir avec un gésier, et peut-être même nous pondre un œuf. Le diable nous préserve de toute tentation d'omelette !


Plus sérieusement, je suis à la mairie l’honorable successeur de Montaigne, en rien de sa gravelle pour la soulager dans un soulier, fût-il présidentiel. Loin de moi, donc, l’idée de jeter la pierre au petit Tom tant sa tâche est ingrate et difficile. Je le soutiens au contraire dans sa longue marche, sans ambiguïté. Soyons clair : s'ils ne sont pas les seuls, l’immigration et la sécurité sont bien deux sujets qu’il importe d'aborder sans tabous, y compris en période électorale. S'ils occupent impunément nos régions depuis bientôt six ans, nos socialistes querelleurs n'en ont pas moins des comptes à rendre aux citoyens dont ils jettent l’argent durement gagné par les fenêtres ! Et qu’on ne vienne pas me dire que ces gaspilleurs impénitents n’ont pas de compétences en termes de sécurité et d’immigration ! Il appartient bien aux régions, qui se gonflent d’avoir réinventé les TER, d’assurer enfin la sécurité des usagers de leurs petits chemins de fer ! Soyons francs : est-ce que Roussy, qui n'a jamais été violé dans un train, s’en soucie autant que de sa réélection ? Il était temps que la Cour des Comptes enfin s'en mêlât !


Sans plus de vergogne, des étrangers sans papiers manifestent aujourd’hui dans nos rues pour revendiquer leur régularisation comme un dû. Comment croit-on donc qu’ils sont arrivés dans la région, sinon par le train des socialistes sans même avoir payé leur billet ? Doit-on s’interdire de parler de ces choses-là dans une campagne électorale, au prétexte qu’elle n’est pas nationale ? Avec la suppression de la taxe professionnelle – ce foutage de gueule que l’on sait –, les Français ont plus que jamais le droit d’imposer dans les urnes leurs exigences territoriales, puisqu’on va les raquetter in fine pour en payer la facture. Ils ont donc le devoir de bouter la gauche hors de cette région, pour la sauvegarde de leur identité régionale ! Je les y aiderai, là où ils m’ont retranché, sans glisser le moindre petit caillou entre le talon de Rikiki et sa célèbre talonnette (qu’on appelle au gouvernement, me souffle-t-on, "semelle de tout").


Une fois n’est pas coutume, sautons du coq à l’âne. Selon Denise, NKM aurait récemment cité en exemple aux parlementaires le blogue de ma dame de pique. NKM ? Dubitatif, j’ai d’abord pensé à un groupe rock provocateur, du genre "Nique Karla Machin", mais il s’agit, m’assure ma femme digitale, de la secrétaire d’État à la prospective et au développement numérique. Ah bon… Franchement, j’ignorais que mon agaçante agasse tînt un blogue, ne voyant pas très bien par ailleurs l’intérêt qu’elle représente en termes de prospective. Cette activité distinguée serait-elle en rapport avec sa croisade municipale pour les jardins partagés, avec quoi notre Candide en jupons me chauffe durablement les oreilles depuis des mois, oubliant un peu vite qu’elle n’est plus élue communale ? Je la soupçonne d'avoir recyclé par dépit dans ce site web, voyez-vous, je ne sais quel vague fonds départemental d’équipement dont je m’obstine à bouder l’offre avec dédain, tel le héron de la fable sa commère la carpe.


Un blogue n’est-il pas en effet après tout qu’un jardin virtuel partagé, où l’on demeure douillettement entre soi ? Reconnaissons que le désherbage y est plus aisé que le dos courbé sur une plate-bande, entre deux voies de circulation ; de surcroît, on s’y épanouit durablement sans engrais chimiques, j'en fais moi-même l'expérience, bénéficiant du compost naturel de commentaires toujours avenants. Troublante Denise qui, allez savoir pourquoi, me déterre Jules Renard et son journal, l'humeur biblique : "Tu as rejeté les pierres de ton jardin dans le jardin des autres, et, pour y ajouter, tu as démoli un peu de ton mur." N’exagérons rien ! Le père de Poil de Carotte n’est tout de même pas Nostradamus : il n’y a pas plus de jardin que de cailloux dans les petits souliers de Razibus, et c’est bien ensemble que nous avons abattu le Mur, qui au passage était de béton, non point de pierre. Tout le reste n'est qu'affabultion.

vendredi 20 novembre 2009

Papy Blues

Angoisse ce matin au réveil, seul dans mon lit. Non, Chère Denise, ce poids atroce sur ma poitrine n’était pas dû à ton absence, mais à une autre séparation dont déjà j’appréhendais l’échéance depuis quelques jours. Soyons francs : quand j’ai tâté ton oreiller vide et frais à côté du mien dans la pénombre, c’est à mon compagnon d’emprunt que j’ai pensé aussitôt, pas à toi ; me le pardonneras-tu, dis ? C’est que j’avais appris à aimer jusqu’à son prénom, vois-tu, qui m’est pourtant une blessure fort agassante au féminin. Notre empathie était si forte que je me sens aujourd’hui à la fois veuf et vide du fruit de nos entrailles. Je comprends la douleur d’une mère porteuse après la délivrance, et souffre d’avoir abandonné hier notre enfant légitime à un père adoptif sans scrupules.


Éloignés l’un de l’autre contre notre gré, mon vieux complice et moi revendiquons de demeurer un couple durable, au service de la Nation, de l'Europe et du monde. Je peux le dire aujourd’hui, ce socialiste historique empreint d’écologie est un espoir à gauche, comme j’en suis moi-même un à droite, ce qui revient au même. N’avons-nous pas brillamment démontré notre aptitude à réaliser le compromis que voulaient les Françaises et les Français ? Entre nous, ce bel exemple donné à l’Europe ne nous prédestinait-il pas à gouverner ensemble l’Union, l’un à la présidence du Conseil et l’autre à la vice-présidence de la Commission pour la diplomatie ? En lieu de quoi les chefs d’État et de gouvernement ont désigné hier deux sombres inconnus, l’un découpé dans un album de Tintin et l’autre dans une revue britannique d’odontologie ! Nous voit-on vraiment partir à l’assaut de la muraille de Chine avec un tel attelage ?


Bien que lui aussi de petite taille, Napoléon était tout de même une autre pointure que notre Rikiki ! Jamais ce visionnaire européen n’aurait laissé, lui, mettre sur le trône de Bruxelles un roi qui ne fût pas de sa lignée, un général qui ne fût pas de son armée ! Le sélectionneur de l’équipe de France de football me semble à ce titre plus digne de l’Empereur que notre pygmée national, bien incapable de prendre la main pour vaincre. La France ne saurait accepter davantage d’être dirigée par un couple anglo-belge que de concourir au Mundial 2010 sous la bannière de l’Irlande : il y va de notre identité nationale, les Irlandais l’ont bien compris !


Comme l’a écrit Bonaparte, "les règlements sont faits pour les médiocres et les indécis ; rien de grand ne se fait sans l’imagination". Face au péril, avec ou sans ballon, le génie est de savoir prendre les choses en main, surtout quand on a joué comme des pieds ! Alors, je le dis haut et fort : l’Europe a besoin d’un grand emprunt ! Experts de haut niveau sachant faire les commissions, mon socialiste réformé et moi-même sommes à la disposition de l’Union pour le lever ensemble. Bénévolement s’il le faut, pourvu qu’on ne nous sépare pas comme nous y condamnerait une maison de retraite ! L’envers et l’endroit d’une pensée unique, nous sommes indissociables, tels des frères siamois soudés par le crâne.


Oui, L’Envers et l’Endroit. A ce sujet, je lisais hier que, initié par la prima donna à une philosophie qu’elle tient d’un précédent lit, Razibus se serait entiché d’Albert Camus, au point de vouloir le faire entrer au Panthéon. A-t-il bien tout lu du prix Nobel de littérature ? On en doute quand, à plus d’un titre, ce dernier a de quoi le faire frémir : Le Mythe de Sisyphe, L’Etat de Siège ou La Chute ne sont pas de bon augure en politique ! Ni L’Etranger, pour qui joue du violon à un électorat qui ne tolère les flux migratoires qu’au-dessus de ses palombières. Notre petit Tom pourrait donc bien découvrir qu’on ne prend pas aussi facilement, dans ses filets, un homme révolté de conviction qu’un second couteau socialiste mutant.


Trouvé ce matin dans le journal un petit air de ressemblance entre mon parpaillot et moi. Est-ce l’effet de Matignon ou celui de l’emprunt que nous avons réduit à feu doux ensemble ? Repensé avec tendresse à une remarque du Caligula de Camus, à Hélicon je crois : "Les vieux époux ont le même nombre de poils dans les oreilles tant ils finissent par se ressembler". C'est sans doute vrai. A défaut de milliards, nous allons avoir maintenant, mon socialo et moi, le temps de les compter.

jeudi 12 novembre 2009

The Wall

Heureux que Johnny soit venu refaire ses adichats à mes administrés, fidèle à cette ville qui l’habite comme elle est en moi. Toujours jeune bien que tout de même de deux ans mon aîné, il peut lui dire dans les yeux, comme moi-même à la France : "Je ne t'ai jamais menti", ainsi qu’il le fit dans une belle chanson de 2002 que par amitié, en hommage à mon livre éponyme trois ans plus tôt, il avait tenu à intituler Entre nous*. Se souvient-on du refrain de cette ode sensible et délicate ? "Entre nous / Aucune demi-mesure / Aucun mur ne tiendra debout / Entre nous / Toujours cette histoire qui dure / Depuis le premier rendez-vous / Une histoire d'amour entre nous." Croyez-moi, Barbara n’est pas loin.


Aucun mur en effet, Johnny a raison, sauf à prendre date avec l’Histoire a posteriori, comme vient de le faire notre petit Pinocchio sans vergogne, jusqu’à m’embrouiller moi-même dans mon agenda de 1989! Soyons francs : j’ai cru pouvoir lui faire confiance, puisqu’il était à l'époque mon grouillot ; mal m’en a pris. Franchement, je ne sais plus ; je suis confus, terriblement confus… Dois-je consulter pour des tests de mémoire ? Je le crains, ayant hier, à cause d’une nouvelle absence, zappé la cérémonie… du souvenir, parti que j’étais faire une commission dans la capitale, profitant d'un jour férié. Grâce à quoi on voit aujourd’hui, dans le journal, s’exhiber ma pie voleuse avec mon légionnaire, l’abritant fraternellement sous son pépin pendant le salut au drapeau ! Cette sinistre sénatrice ferait-elle déjà le siège de la mairie, après nous avoir pris celui du parlement ? Mon malheur, voyez-vous, est de n’être entouré que de gens très peu sûrs, qui toujours refuseront de se mouiller pour moi.


Malaise, angoisse. Un ami neurologue, consulté au téléphone, m’a demandé de compter à rebours de 16 jusqu’à 9, pour me rassurer. Quelle idée, alors que je jongle avec les milliards de l’emprunt et les millions du stade ! Les détracteurs qui m’accusent de mensonge croiront-ils que j’ai trébuché à partir de 11, à cause peut-être d’une pathologie cérébrale ? Ces chiens vont-ils s’acharner sur un pauvre homme abattu, menacé d’être bientôt peut-être le premier Alzhei-maire d’une grande ville de France ! Si mes Cerises ont été recalées au Goncourt 2009, je n’en exige pas moins le devoir de réserve des gens de plume, comme Razibus celui de madame Ndiaye.


A ce propos, la lauréate ne s'est-elle pas justement exilée à Berlin, où je me suis moi-même rendu en novembre 1989, je crois, à l’occasion de la célébration du deux centième anniversaire de la Révolution française ? C'est une curieuse coïncidence. Nous avions Razibus et moi, me souviens-je, emporté un petit arbre de la liberté pour le planter près du mur. Nous l’avons finalement jeté par-dessus, ayant oublié de nous munir d’une pioche. Si elle n’a pas été égarée dans notre déménagement à Ottawa, je crois bien avoir à la maison, quelque part, une photo de notre désarroi, qu’un jeune Allemand avait prise à notre insu avec son Polaroïd. J’aime à imaginer que, peut-être, cet arbre a poussé seul au milieu des barbelés. C’est à lui que j’ai pensé lundi dans la cour de l’hôtel de ville, alors que s'élevaient les notes d’un violoncelle sur deux hauts pans de mur.


Curieux rêve la nuit dernière, qui a beaucoup amusé Denise au petit-déjeuner. Aux douze coups de minuit, j’entrais en pyjama dans la cour d’honneur du palais de l’Elysée, après en avoir ouvert moi-même le portail avec une grosse clé trouvée dans ma poche. J’ai braqué une torche sur deux pans du mur de Berlin qui se dressaient devant moi dans l’obscurité ; il s’agissait, je crois, de ceux de mon palais épiscopal. Sur l’un d’entre eux était taguée l’inscription suivante, en grosses lettres majuscules noires : YES STRAUSS CAN ! Pourquoi ? Cela n’a aucun sens, tant je suis sûr que c’est une suite de Bach qu’a jouée Rostropovitch, en aucun cas une valse de Strauss. C’est à n’y rien comprendre. Mais tout cela est si loin. Si loin, comme dans un épais brouillard.

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* Paroles de Roger Tabrha et Sophie Nault ; musique de Franck Fossey.