mardi 7 juillet 2009

La petite commission

Denise a trouvé ce matin, dans notre boîte à lettres, un mien bulletin de vote de la dernière municipale, proprement plié en quatre, portant au dos l’inscription suivante, au feutre vert : "T’ai gonfler, t’a pu de portefeuille mais tu fait qu’en même les comissions ! Sé encore nous con va payez !" L’écriture n’en est point trop enfantine, malgré l’immaturité de l’orthographe et de la conjugaison. L’école coûte bien cher à la République pour un rendement aussi discutable.


Avoue que ce billet anonyme ne manque pas d’esprit, mais ai-je vraiment le choix ? Feins d’ignorer que le pygmée se paie ma tête en me forçant à une rance conjugalité primo-ministérielle, avec ce socialiste presque octogénaire qui fait les commissions comme d’autres des ménages. Je nous vois déjà sous ce gros titre, en couverture du magazine Notre temps : "Un vieux couple autonome qui fait encore ses commissions tout seul ! " Il a quinze ans de plus que moi, tout de même ! L’avantage, me jure Razibus, c’est que j’aurai l’air jeune à ses côtés. Mais je SUIS jeune, bon sang de bois ! De surcroît, c’est là une commission bien modeste : pourquoi ne m’avoir pas plus simplement nommé ministre d’Etat à l’emprunt ? C’eût été moins humiliant que ce secrétariat d’Etat aux aînés, que j'ai refusé sèchement, bien qu'il fût taillé spécialement pour ma personne ! Cela dit, on sait que mon duettiste, ancien inspecteur des finances que détestait Mitterrand, contrairement à un autre, a pour lui d’avoir servi la politique sous un nom d’emprunt, à l’époque du PSU. On l’appelait alors Michel Servet, ce qui me promet une franche rigolade !


Comme je tentais de bavarder hier au téléphone avec l'honorable vieillard, en m'enquérant par politesse de ses problèmes d'articulation, trois vers d’Athalie m'ont traversé l’esprit, échappés d'un songe racinien virant au cauchemar : "Même elle avait encore cet éclat emprunté / Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage / Pour réparer des ans l’irréparable outrage." Répare-t-on jamais les outrages ? L’éclat emprunté de mon nouvel acolyte le dispute à celui du gouvernement et de la République ; l'astre est éteint, même s’il arrive à sa lumière de nous parvenir encore par intermittence. Souhaitons-lui de refléter au moins la mienne, dont il aura bien besoin.


Toujours pratique et optimiste, Denise me jure que cette "siamoiserie" commissionnée tombe à point nommé, dans le débat sur le repoussement de l’âge de la retraite. Je ne vois pas le rapport. A moi, ce débat rappelle surtout l’effronterie d’un syndicaliste dont je tairai le nom, qui m’avait affirmé à Matignon qu’on ne fait pas repousser l’âge de la retraite plus facilement que les cheveux. J'en ai fait l'amère expérience. Soyons francs : la perspective d’une pension de l’Etat est pour moi repoussante ; je ne puis l’imaginer sans nausée, sans dégoût ! On a tant à donner encore à la France à soixante-quatre ans ! Pourquoi diable un couperet à soixante-sept ? Me révolte la seule pensée que certains élus de la République aient pu, naguère encore, jouir de leur retraite de haut fonctionnaire avant la soixantaine, en toute impunité ! C’est bien par fidélité au message social de l’Eglise que je ne citerai pas le nom d’un ancien Premier ministre à prétentions présidentielles, inspecteur des finances dans le civil. Ces socialistes n’ont décidément ni éthique ni vergogne ! Par curiosité, demander au tombeur de Couve à quel âge il a lui-même fait valoir ses droits.


Je reconnais que la commission de l’emprunt n’est pas la Commission européenne mais, à défaut de la seconde, je préfère la première à une partie de tarot au club du troisième âge d’Hossegor ! Les hommes politiques, voyez-vous, craignent plus les maisons de retraite que l’enfer, pour y avoir serré trop de mains maigres, molles et tavelées, dont le seul intérêt était qu’elles pussent glisser encore le bon bulletin dans l’urne, fût-ce avec la tremblote. Me voit-on franchement dans une salle commune, somnolant sur des mots fléchés, entre deux pauvres vieilles à l’esprit égaré ? Va pour la coprésidence avec l’antique parpaillot ! Evidemment, j’attends ma pie voleuse sur ce coup-là ! Je l’entends déjà nous raconter doctement, sur son blogue, les confidences d’un confrère urologue par elle consulté : passé la soixantaine, inspecteurs des finances, anciens premiers ministres ou hommes de la rue, nous sommes tous logés à la même enseigne - résignés à nous lever au milieu de la nuit pour la moindre petite commission !

dimanche 28 juin 2009

Moonwalk


Ces messieurs de l’UNESCO ont-ils jamais écouté Félix Leclerc, qui fait pourtant partie du patrimoine poétique de l’humanité ? M’est revenu à Séville le souvenir québécois d’une paisible soirée d’hiver à la maison, où nous recevions un ami universitaire à la bonne franquette. Autour de crêpes épaisses au sirop d’érable préparées par Denise, nous débattions les doigts collants de l’indépendance de la Belle Province. Alors que j’exprimais la plus grande réserve, Jean B. me cita le chanteur du Petit Bonheur : "L’indépendance, c’est comme un pont : avant, personne n’en veut, après, tout le monde le prend". Sans doute prononcées en réponse à une question de journaliste, ces paroles revisitées ont pris sous le soleil andalou un éclairage tout particulier.


Soyons francs : je n’aime pas Séville, à quoi je préfère Grenade et Cordoue. Guère plus de sympathie, à vrai dire, pour l’aréopage de donneurs de leçons réunis dans l’arène avec leurs banderilles, au motif de statuer sans mandat électif sur l’urbanisme de notre capitale européenne. De quel droit ? Fût-elle convoquée dans cent ans, l’improbable descendance de ces polichinelles protégerait le pont levant qu’on prétend aujourd’hui m’interdire de construire ! En 1858, à n’en pas douter, ces stupides mormons du patrimoine mondial n’eussent pas laissé le jeune Eiffel monter son disgracieux mécano ferroviaire ! Aujourd’hui pourtant, ils m’empêchent de le jeter à la ferraille !


S’il me prend pour un éleveur landais de poulets fermiers accroché à son label rouge, ce tribunal d’exception se met le doigt dans l'œil jusqu’au coude ! Elevé en liberté, c’est moi seul qui décide ; le brouillon cub l’a bien compris, qui file droit comme son prédécesseur régional. Mes électeurs sont viscéralement opposés à l’ostracisme des juges, comme ils l’ont signifié dans les urnes dès mon retour de Sainte-Hélène*. Prétendrait-on me destituer maintenant pour un pont ? Je le répète ici solennellement : plutôt rendre ce label inutile et prétentieux que mon tablier ; grand bien leur fasse, ils pourront le donner à une ville sans fleuve et sans rivière ! De la race des bâtisseurs de pyramides, nous laisserons cet ouvrage d’art à la postérité. Bon sang de bois, soyons digne de l’empereur qui ordonna le premier qu’on marchât ici sur les eaux ! Digne du maire au nom de stade qui y marcha lui-même trois fois !


Bien sûr, il fallait que ma pie Cruella s’en mêlât qui, forte de son diplôme de médecine, donne des leçons de géographie et d’écologie à qui veut l’entendre, continuant de prétendre creuser son petit tunnel, comme une taupe, pour ressortir de l’autre côté de l’eau en 2012. Jeanne visitée par Poséidon, elle veut sauver l’Arc majestueux du fleuve des flèches assassines du pont levant ! A quoi bon un arc sans flèches, pensez-vous ? Qu’importe, l’agasse ignore tout de l’archerie, ce n’est pas le moindre de ses paradoxes ! Dieu sait que je n’ai aucune propension à la mégalomanie ; ce n’est pas le cas de notre doctoresse, refusant l’existence d’un pont qui ne contraignît pas l’usager urbain à passer d’une rive à l’autre de sa circonscription, où qu’il se rende ; comme si elle entendait exercer un droit de péage législatif sur la traversée du fleuve ! Vain combat, avouons-le, dérisoire dans son éphémère situation d’intérim parlementaire ! Qui se souviendra d’elle le jour de l’inauguration ? La taupe aura fini d’amuser la galerie.


Dans l’attente d’une réponse au télégramme de condoléances adressé à Barack Obama, regardé hier soir avec Denise un DVD de Michael Jackson, dont le saccadé me rappelle un peu celui du pygmée solaire, entre les gardes républicains de Versailles. Avouerai-je qu'autour du canapé, grisés par un grand cru bourgeois, nous nous sommes abandonnés par jeu au "moonwalk", ce curieux mouvement par quoi le chanteur se déplaçait à reculons, tout en créant l'illusion d’avancer, comme en flottant. Cette "marche lunaire" ne figure-t-elle pas précisément celle de mes Sélénites anti-pont, on ne peut plus rétrogrades malgré les apparences ? Denise m’assure que je m’en suis moi-même très bien sorti.

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* Petite île du Saint-Laurent, sur le territoire de Montréal.


mardi 23 juin 2009

Cabinet bouché

Soyons francs : j’ai refusé d’entrer au cabinet ! Dieu m’est témoin qu’on m’en a prié pourtant, presque à genoux ; il eût suffi que je prononçasse le nom d’un portefeuille pour qu’il tombât dans ma poche. Croyez-moi, je pourrais être à l’heure qu’il est ministre d’Etat, ministre de la défense des hommes battus par de méchantes femmes, je ne sais quoi encore. Mais non, je me dois à ma ville et, pour tout dire, la seule ouverture qui m’intéresse, ou presque, est celle de la chasse au corvidé parlementaire de Guyenne, dans trois ans. La pie ne parlemente pas du reste : elle jacasse, elle ment, elle insulte. D’un coup d’aile, elle se pose entre mes administrés et moi puis, pithiatique, m’attaque à coups de bec blasphématoires, jusqu’à faire se signer les moins fervents de mes fidèles, épouvantés par l’odeur de soufre !


Cette femme diabolique est un cauchemar, à tel point que, craignant de la croiser au grand parc de Versailles, j’avoue avoir séché hier le congrès de Razibus. Comme je sèche du reste depuis deux ans, je le confesse, l’assemblée nationale. Trop de travail auprès de mes administrés, voyez-vous, trop de bourriers qui débordent de nos poubelles, telles les injures de la bouche d’une agasse ! Bientôt 21h00 et toujours pas d’annonce sur le perron du nain… Que se passe-t-il ? Mon téléphone n’aurait-t-il pas sonné sans que je l’entendisse ? Denise me fait signe que non, en me montrant son portable. Le gouvernement est-il vraiment bouclé ? Cette attente finit par être insupportable ! Si Rikiki me propose l’éducation nationale, très peu pour moi : je refuse. Oui, je refuse. Catégoriquement. A moins qu’il n’insiste et me donne aussi l’enseignement supérieur durable. Et il va de soi la recherche. Qu'arrive-t-il enfin ? Que signifie ce silence interminable ? La Médicis a-t-elle donc encore quelque nouvel hôte de sa villa à imposer ? Un neveu naturel de tonton socialiste ?


Ah ! Enfin les infos de 9h00 !… Rien. Vraiment ? Vérification sur Internet, le cœur battant... Cette liste que je balaie des yeux sur mon écran me rappelle le lycéen des Landes cherchant son nom, jadis, sur celle des bacheliers, collée à un mur sombre. Quarante-sept ans déjà… Cette fois, je n’y figure pas. Ressens un immense soulagement pour mes administrés. Reconnais que le nain Soleil est plus avancé que moi dans le tri sélectif. Et dans le recyclage ! A ce propos, on dit très malade la vieille reine d’Angleterre, cousine au trente-deuxième degré, comme on sait, de F. Mitterrand. Si elle rend son âme à Dieu, remercions Razibus d’avoir rapatrié d’Italie le neveu du susnommé, aux mêmes initiales, pour commenter en ministre de la République les funérailles royales sur TF1. J’aurais bien aimé tout de même une expérience à l’intérieur ; tenez, les policiers de France doivent être bien déçus à cette heure… Mais faisons contre mauvaise fortune bon cœur : au moins l’Auvergnat qui remplace la mal aimable Luzienne ne nous mettra-t-il pas, lui, de bâtons dans les rails de notre LGV.


Tout de même, la place Beauvau eût été l’occasion rêvée de fermer une bonne fois pour toutes le blogue et le bec de ma pie voleuse, au motif d’une méchanceté hargneuse envers un ministre de la République, c’est-à-dire tout bonnement d’atteinte à la sûreté durable de l’Etat. On ne plaisante pas avec ces choses-là, voyez-vous ; la démocratie est trop fragile. Il faut démasquer d'urgence la clique rémunérée - avec quel argent ? - qui se cache derrière l’usurpatrice à plume, pour ajouter à ses infâmes délires électroniques, à toute heure du jour et de la nuit. L’intérieur m’eût offert, aussi, le meilleur tremplin pour la magistrature suprême, à l’instar de Rikiki… Franchement, je n’éprouve que mépris et rancune envers les cancérologues qui abandonnent lâchement leurs malades pour se mêler de méchante politique. La France a tant besoin de médecins, madame !


Puisque c’est tout ce qui me reste, je dois m’efforcer de retrouver mon agenda 21, dont le Vert à lunettes du conseil municipal prétend que je me suis débarrassé, peut-être, dans une de ces poubelles puantes qui permettent, chez nous, de se repérer la nuit dans les rues à la narine, à défaut de voir dans quoi on met les pieds. En vérité, cet agenda est quelque part dans mon bureau. Il me souvient même d’y avoir noté le 17 que la pie est un oiseau extrêmement nuisible, à mettre au ban de la société. A propos de banc, j'en ferais bien virer un de l'ex place Royal.


P.S. Rien de nouveau au bulletin d'information de minuit. Voir demain si l'on peut encore convaincre le nain Soleil de repêcher l'ancien machin de Rama Yade pour l'ériger en ministère d'Etat des droits de l'homme durables. A moins qu'il n'ait décidé plus simplement de me nommer ministre d'Etat durablement sans portefeuille.

dimanche 14 juin 2009

À Pie Anniversary !

Je voudrais consacrer ce billet au regrettable anniversaire que certaine ne manquera pas de fêter mercredi en grande pompe. On aura compris qu’il est question d’évoquer le second tour de scrutin qui, voilà deux longues années, évinça contre toute attente le candidat naturel à la treizième législature de la Ve République. Treize est un nombre funeste à quoi on ne prend jamais assez garde. Cela dit, comme le démontre un comportement exemplaire, je n’éprouve aucun ressentiment personnel, puisqu’il n’était pas question que je siègeasse à l’assemblée nationale. Il n’était cependant pas prévu non plus qu’y siégeât une usurpatrice que je ne vois jamais nulle part et dont le nom m’échappe.


Selon le droit coutumier de cette ville jadis arrachée aux Anglais, la deuxième circonscription est celle du maire. Pour l’obtenir, il faut donc emporter d’abord la mairie. On m’accordera que j’ai, pour ma part, scrupuleusement respecté cette règle établie. Que telle autre s’en soit affranchie relève donc pour moi de la forfaiture, au-delà du seul point de vue éthique. Je ne doute pas que l’Histoire jugera sévèrement pareille ignominie.


Depuis deux ans, j’ai mis à profit une insignifiante parenthèse législative pour entreprendre, comme on dit, un gros travail sur moi, conforté en cela par mes administrés qui, fidèles, m’ont largement confirmé en 2008 dans mon fauteuil de député-maire, pour la plus grande joie des Françaises et des Français. Voulant leur marquer ma reconnaissance, j’ai écrit pour eux un formidable bestseller, sur quoi la dame de pique serait revenue hier dans son blogue, selon Denise. Pour feindre de s’interroger sur le sens mystérieux de mon titre, en ouverture sans doute de ses festivités anniversaires. Quel acharnement !


Pourquoi diable invoquer le chant des Communards ? Si elle n’était oublieuse de son baptême, notre impénitente intérimaire aurait sans doute compris, sans mode d'emploi, un beau titre en forme de prière, pétri de renoncement. La cerise est un don printanier de Dieu à ses créatures, voyez-vous. Permettre sa consommation en hiver est l’œuvre de Satan, qui conduit aux pires dérèglements du ciel et de la terre ; c’est une offense au Créateur, ordonnateur suprême des saisons dont procèdent la nature et l’humanité. Oui, la cerise d’hiver est un fruit défendu et la manger constitue un terrible péché, qui chasse l’homme moderne du peu de paradis terrestre durable dont il dispose encore !


Soyons francs : j’ai moi-même commis ce péché, tel Adam, en me laissant tenter par le fruit défendu, au creux de l'hiver, sans attendre que refleurissent les cerisiers au printemps. Pénitent pieusement agenouillé devant son ordinateur, je suis heureux de réciter ici, à ma pie voleuse, l’acte de contrition qui crève les yeux dans le titre de mon œuvre : « Mon Dieu, j'ai un très grand regret de Vous avoir offensé, parce que Vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché Vous déplait. Je prends la ferme résolution avec le secours de Votre sainte grâce de ne plus Vous offenser et de faire pénitence. » Oui, je crois au pouvoir absolvant de la contrition, acte essentiel de la vie politique qu’il convient de réhabiliter. Libéré de mes péchés, assuré de ne plus céder à la tentation, je ressors de ce livre en homme nouveau, tel Paul sur le chemin de Damas. Régénéré, l’âme verte, je porte au monde le message socio-écologique de l’Eglise !


Que m’importe dès lors cette pauvre femme fêtant le second anniversaire d’un banal accident, essoufflée sur deux misérables bougies, inutiles et dérisoires en plein solstice d’été ! Mon Royaume ni mon destin ne sont de son petit monde. Il ne m’appartient pas de lui pardonner son offense, mais à Dieu et à mes administrés qui, d’abord, la lui feront payer. Quant à moi, pour preuve de mon savoir-vivre et de ma bonne foi, je m’associe volontiers à la célébration, en offrant aux lecteurs de ce billet une photo de ma pie voleuse, empruntée à son blogue. On l’y voit présentant la semaine dernière le bilan de sa deuxième année de mandature, à la Maison du Combattant. A vrai dire, on ne la voit pas très bien, tant je suis un piètre cadreur sur Photoshop. Et puis, quand bien même elle pense le contraire, c’est tout de même moi, en fin de compte, qui l’ai "volatilisée" !

lundi 8 juin 2009

Classe 65 : classe verte !


Mgr Cinquante-et-Un, qui a la pourpre de notre vin, m’assurait l’autre jour en trinquant que, pour lui, mon engagement durable pour l’Europe et l’écologie est la quintessence même du message social de l’Eglise. "C’est un grand bonheur pour Dieu, me faisait-il remarquer, que ses peuples se vouent entre eux l’amour dont ils gratifient la nature qu’Il leur a généreusement confiée : monsieur le maire, vous êtes, urbi et orbi, l’artisan infatigable de la félicité divine !" Ma foi, j’aurais mauvaise grâce à bouder cette onction cardinalice, à quoi fait écho le merveilleux résultat du scrutin européen dans notre ville. Père fondateur trop promptement congédié du développement durable, je fus hier soir consacré par mes administrés comme jamais aucun maire, à tel point qu’ils ont carrément voté deux fois pour moi !


Oui, deux fois, en donnant un tiers de leurs voix aux Bleus et un quart aux Verts ! Soyons francs : je suis donc majoritaire, tralalalalère ! Le jour même de la fête des maires, j’ai raflé la mise, au grand dam de ma pie qui, paraît-il, déchante en se piquant les pattes à son rosier dépérissant. Entre nous, Rikiki peut aller se rhabiller avec son petit trente pour cent ! Sentant monter cette mienne victoire, je lui ai répété la semaine dernière, lors d’un déjeuner fort policé, que sa plus grave erreur fut de se passer de moi en 2007, à la faveur d’un comptage déloyal et honteux des voix de notre deuxième circonscription. Comment prétendrait-il aujourd’hui continuer de me tenir à l’écart des affaires, oublieux que je l’ai porté sur les fonts baptismaux durables ?


Quand la nation lui demande on ne peut plus clairement une ouverture verte, le pire des dénis serait de faire entrer au gouvernement, à ma place, le mammouth retraité du parti socialiste - ver(t)mifuge plus que transfuge celui-là ! Qu’on me rende enfin ma maison, mon Grenelle à moi ! Avant de sortir de table jeudi, j’ai posé une question à Razibus, dont le regard semblait noyé dans son verre d’eau, devant une assiette qu’il avait à peine touchée : "Sincèrement, ai-je jamais manqué à ce gouvernement ? - Non, me répondit-il en souriant doucement, franchement non." Denise s’égare, qui craint qu’il n’ait mésinterprété ma question.


Dit ma sympathie ce midi à notre grande saucisse municipale. Raide sur son vélo, elle a donné un grand coup de pédale sous la pluie, sans un regard, comme une Orange pressée, croyant à tort que j’ironisais sur la déroute de son parti en plein orage. A ce propos, j’ignore si ce qu’on raconte est vrai : dépité par sa chute, le lourdé des Pyrénées aurait, en rentrant dans sa montagne, brisé la petite vierge de plâtre phosphorescente qui, sur la cheminée de sa chambre, éclairait la nuit ses rêves présidentiels. Il en trouvera bien une autre à Lourdes, allez ! Je ne sais ce qui me séduit chez ce lettré rustique ; peut-être une obsession de Gascon partagée. Tout compte fait, il n’est pas loin du but ; il voulait déboulonner : il dévisse. Que voulez-vous, quand on ne lâche pas les basques d’un président qui a la banane, on finit forcément par glisser sur une peau !


Notre évêque et Dieu peuvent être fiers de moi. Fort de mon succès des urnes bleu étoilé, j’ai pu peser aujourd’hui de tout mon poids sur la Commission européenne, qui renonce enfin à son idée stupide de couper rouge et blanc pour en faire du rosé. Ces mélanges sont aussi contre nature en politique qu’au palais, comme le répète à l’envi le leader du Front de Gauche. J’espère que nos viticulteurs se souviendront en 2010 de mon engagement "clairet net", dans les urnes régionales ; cela vaut bien un petit coup de rouquin, non ?


A ce propos, je veux dire à Dany - vieil ami durable - que je suis toujours là, prêt à lui tendre la main sur la route de 2012. Comme jadis sur les barricades où, jeune trublion « au nom de machine à laver », il avait comme moi attiré l’attention du Général. Nous avons le même âge*, à quelques mois près, de part et d'autre de la victoire des Alliés. Touché de retrouver ce matin cette sienne citation, extraite du journal Le Monde du 14 mai 1968 : "Nous voulons un monde nouveau et original. Nous refusons un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de périr d’ennui." Quelle prémonition ! Quarante et un an plus tard, croyez-moi, j’échangerais toujours n’importe quoi contre ce risque épouvantable, devenu ma terne réalité.

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* Il est né le 4 avril 1945.

dimanche 31 mai 2009

Plan de coupe

Ai transmis hier soir sans tarder des condoléances enjouées au vieux maire de la capitale européenne du savon, au nom de mes administrés allègrement contrits. Ne sais pourquoi, aux premières sonneries de son portable, me sont revenus ces mots d’Hermione dans Andromaque : "…ma vengeance est perdue / S’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue". Impression de se retrouver nu toujours sous la plume de Racine, comme sous un portique de collège ou d’aéroport. Pagnol peut en tout cas aller se rhabiller aux vestiaires de l’OM, il n’emportera pas 2013 au paradis !


Sincèrement, trois ans avant l’échéance suprême, quel candidat à la présidence de la République pourrait prétendre réunir autour de lui une foule en liesse de quatre-vingt mille personnes ? Et pourtant, je l’ai fait ! J’ai réussi ce tour de force ! Les images qui font aujourd’hui exploser l’audimat sur toutes les chaînes de France et de Navarre en sont l’émouvant témoignage national. Leur message est clair, soyons francs : c’est conduit par un entraîneur d’exception - pudique et discret comme il sied à cette ville - qu’on devient le plus grand des champions. A Caen, Laurent Blanc a bien compris que c’est ici, vers moi, que se sont spontanément tendus les micros, braqués les projecteurs et les caméras, au coup de sifflet final. Oui, cette belle victoire est la mienne, tout le monde en convient, à l’exception de H1N1* qui n’a pu m’envoyer son message de félicitations, sa carte Orange étant épuisée. Je me mets à sa place : la formidable médiatisation de ma victoire n’est guère de nature à lui donner la banane. Berlusconien en petit diable, il doit déjà, à l’heure qu’il est, penser à s’offrir un club de foot de ligue 1. Ou plutôt à se le faire offrir par la prima donna pour son anniversaire.


Incroyable ! Roussy, accroché tout à l’heure à mes basques en vedette américaine régionale ! De quel droit et à quel titre est-il monté sur le podium, pour la présentation du trophée à mes administrés ? Habillé de bleu clair, couleur des vaincus de la veille, lui fallait-il donc à tout prix rappeler à mes supporteurs qu’il fut naguère le perdant de la ligue municipale ? Pour une fois que je n’avais pas ma pie voleuse dans les pattes, je le soupçonne d’avoir placé ses merles dans la foule, qui m’ont copieusement sifflé. Evidemment, l’injure à futur président de la République n’est pas inscrite dans notre droit ! Croyez-moi, il est bien venu le temps des cerises, et ce ne sont pas deux ou trois oiseaux moqueurs qui m’empêcheront de transformer l’essai, si l’on me permet cette ovalitude, comme dirait l’autre.


A ce propos, suis ravi que, comme Yoann Gourcuff, Marouane Chamakh se soit enfin résolu à demeurer dans cette ville, pour sa pierre blonde et sa lumière. Que j’aimerais pouvoir en faire autant ! Mais on sait bien ici à quelles hauteurs je suis destiné. Il est hors de question que je déçoive la majorité de Français qui avaient dépêché chez nous, hier soir, quatre-vingt mille délégués supporteurs ; ils m'exigent comme attaquant de l’Elysée pour la coupe de 2012, quand bien même le contrat que j’ai signé ici m’engage jusqu’en 2014. Mektoub, mon transfert est écrit : je quitterai le banc de touche.


En relisant sur l’écran les lignes qui précèdent, me dis que Denise va encore m’accuser de ne pas parler d’Europe dans un billet trop nombriliste. N’y a-t-il pas eu déjà la journée du 9 mai pour ça ? Plus sérieusement, ne sera-t-il pas temps de le faire dimanche prochain, au soir du scrutin ? Unanimes, les sondages nous répètent à l’envi qu’une majorité de Français iront ce jour là à la pêche à la ligne, alors que Razibus se démène comme un asticot, pour les faire mordre à l’hameçon d’un quotidien européen insécure. Il n’a pas tort : de Brest à Athènes et à Sofia, il est urgent d’anéantir les bandes et les voyous armés qui créent la misère et l’exclusion., par appât du gain. Oui, de Vilnius à Séville, c’est bien le droit élémentaire des chômeurs que de se rendre l’âme sereine à leur pôle emploi, sans y risquer un coup de couteau ou le vol de leur bicyclette. C’est donc dans les urnes, dimanche prochain, que démarre la sécurisation des parcours professionnels en Europe. A commencer par le mien.

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* "Hun nain", en écriture SMS.

dimanche 24 mai 2009

Dog, master & video

Digitale comme on sait, Denise est par essence une femme actuelle ; elle n’en a pas pour autant été invitée par le magazine éponyme à partager, au palais, l’intimité des chiens de Chouchou et de sa palpeuse épouse. L’affront n’est pas là cependant, mais dans une révélation très choquante de la vidéo d’anthologie qui circule en ce moment sur Internet, au beau milieu d’un dialogue que Raphaël Enthoven n’irait pas jusqu’à qualifier de philosophique.


Je me calme et m’explique ! Comme on sait, un labrador est offert à chaque nouveau président de la République française par le Québec. Notre petit cabotin n’a pas échappé à la règle, qui a reçu une jeune femelle blonde de cette race, à lui rapportée de la Belle Province par le secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports - cigogne du gouvernement, rendons-lui en justice. La bête portait alors le joli nom d’Estrie, qui est celui d’une petite région du Québec frontalière des Etats-Unis, dont Denise et moi gardons un tendre souvenir. L’histoire s’arrêterait là si ses maîtres pervers n’avaient pas décidé de rebaptiser la chienne. Ce n’est pas en soi un crime, j’en conviens, mais on me fera difficilement avaler que c’est pur hasard si, venant du Québec, elle porte aujourd’hui le prénom de ma fille, comme je viens de le découvrir avec horreur ! Razibus prétend-il m’humilier ou me garder un chien de sa chienne ? Je ne sais ce qui me retient de courir acheter un corniaud à la SPA, pour le nommer Rikiki ! Assurément la crainte de faire goûter plus que de raison la pointe de mes bottes à l’innocent bâtard. Révolte et indignation ! Ce pays garantit encore la protection des mineurs, que je sache !


Pour preuve l’ardeur que met, dans notre agglomération, la police à les protéger des voleurs de bicyclette, ce dont je me félicite, en fier défenseur des deux-roues ! Soyons francs : quel administré n’a pas connaissance, dans son entourage, d’un quidam que son vélo n’a pas attendu pour quitter l’endroit où il croyait l’avoir attaché ? C’est un fléau insupportable qu’il convient d’éradiquer, quel que soit l’âge, le sexe ou l’origine des voleurs ! Et qu’on ne vienne pas me dire que, à six ou dix ans, on ne peut pas se faire un peu secouer les puces et frotter les oreilles par une police réputée engeôleuse !


N'a-t-on pas récemment attaqué le ministre de l’éducation nationale, qui venait d'affirmer que les professeurs des écoles maternelles surveillent les siestes et changent les couches-culottes ? Solidaire de cet ami plein de bon sens, je lui suggère d’introduire, dans le master de ces enseignants, un module de formation à l’enquête judiciaire et à la répression des délits, puisqu’ils répugnent à voir les forces de l’ordre tourner autour de leurs sanctuaires. Croit-on que j’aie construit deux cents kilomètres de pistes cyclables, dans cette ville, pour que les bicyclettes y promènent des voleurs plutôt que leurs propriétaires, y compris avec des petites roues à l’arrière ! A ce propos, il est troublant qu’on n’y ait encore jamais vu flâner ma pie voleuse, à l'instar de ma grande saucisse : ne saurait-elle donc pas monter à vélo ? Je jure pour ma part ne l’avoir jamais croisée. Sauf peut-être à mon insu sur un porte-bagages, en femme invisible. Qui m'éclaircira ce mystère ?


Charme du blogue, qui permet de sauter du coq à l’âne. Oublié de mentionner plus haut que la fameuse vidéo de Carlita est en bonne place sur le Facebook présidentiel où, m’informe Denise, le petit Hun apparaît bronzé et souriant, en chemise blanche à col ouvert. Entre autres informations essentielles, on y a apprend qu’il est en train de lire "Le Rouge et le Noir de Stendhal". Génial ! Julien Sorel ne trouve-t-il pas après tout Mathilde désirable que parce que les autres la désirent ? Sinon une clé d’analyse du lecteur, voilà bien une preuve qu’il est retourné au moins une fois dans la bibliothèque de l’Elysée, depuis sa photographie officielle. Pourvu qu’il ne me corne pas les pages, j’ai horreur de ça !


P.S. Le maire de la cité phocéenne au nom de vieux poêle l’a échappé belle hier soir ! Bravo à nos footballeurs d’avoir, par leur score modeste, permis de le laisser mariner encore une semaine, en continuant de croire qu’il peut péter plus haut qu’il n’a le derrière, si l’on me permet cette trivialité. Où l’on comprend enfin qu’il est autrement plus facile de s’improviser capitale européenne de la culture que champion de France de Ligue 1. Me dira-t-on enfin pourquoi ces maudits juges ne lui ont pas filé un carton rouge en septembre !